Quentin Buisson

UN MEMOIRE SOMATIQUE

Avertissement : Ce texte aborde de manière crue des thèmes tels que l'addiction aux drogues dures, les traumatismes liés au viol, la psychose et l'overdose.

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Il y a en moi des mécanismes de survie, des disjonctions psychiques que le corps humain invente pour ne pas sombrer face à l'insoutenable. Pendant longtemps, l'idée de mourir m'était familière, presque rassurante. Dénué de l'estime de soi nécessaire pour me dire simplement « je mérite de respirer sur cette planète », j'ai très tôt développé un mécanisme de détachement. Par la vision d'un enfant détruit, j'ai traversé littéralement douze vies superposées : de l'enfant violé tentant de sauver l'enfant violé, à l'autodestruction, au mensonge, puis à la rédemption et à l'aide en tant que pair-aidant. J'ai vingt ans à peine passé, mais mon psychisme en ressent soixante.

Cette accumulation m'a conduit à des chutes vertigineuses où la dépersonnalisation me frappait avec une telle violence que je m'observais de l'extérieur, incapable de me reconnaître dans mon propre reflet.

En décembre 2024, j'ai atteint ce que j'appelle le point de fissure. Après un mois de polytoxicomanie extrême — mêlant des grammes de méthamphétamine, une forte consommation de cannabis (dix grammes tous les trois jours) et une absence totale de réduction des risques —, mon corps a lâché.

Réfugié chez mes parents avec l'équivalent de deux ou trois grammes d'ecstasy dans le sang, j'ai ingéré une quinzaine d'Alprazolam 0,5 mg et un gramme de Tramadol LP. Cette surcharge chimique massive a provoqué des crises d'épilepsie et déclenché un syndrome sérotoninergique sévère. Ce que j'ai perçu comme une boule d'énergie écrasante, tel séisme ravageant tout sur son passage, était en réalité mon système nerveux central en train de s'effondrer. Frappé par une paralysie temporaire alors que mon cerveau bouillonnait de signaux d'alerte, j'ai survécu au prix d'une psychose sévère et d'une anesthésie physique totale, au point de me blesser gravement sans jamais rien ressentir.

Je pensais avoir frôlé la mort et en être ressorti. Mais le traumatisme s'était ancré dans mes nerfs. Durant le mois et demi qui a suivi, chaque soir au moment du coucher, mon corps revivait ce choc traumatique. Des décharges électriques me traversaient, annoncées par des acouphènes jouant le rôle d'éclaireurs de la douleur, me laissant tordu et trempé de sueur.

Bien que les examens médicaux affirmaient que tout allait bien physiologiquement, ma souffrance était atrocement réelle. Ce que j'interprétais alors comme des expériences de mort imminente étaient en réalité des attaques de panique nocturnes d'une violence inouïe, symptômes d'un Trouble Stress Post-Traumatique aigu. Mon esprit, terrorisé par la mort, somatisait cette peur, transformant mon angoisse en meurtrissures physiques. Ce processus destructeur traduisait tout ce que j'avais refoulé, explosant de l'intérieur.

Je pensais ce chapitre clos, jusqu'à la semaine dernière. Affaibli par une double infection pulmonaire, j'utilisais un spray anesthésiant pour soulager ma gorge et continuer à fumer mon cannabis. Un soir, en avalant un bout de pain, mon corps a brutalement chuté : vision noire, sueurs, tremblements.

Ce n'était pas un retour de la mort, mais un violent malaise vagal. Mon œsophage, irrité mais anesthésié, a provoqué une réaction d'urgence de mon système nerveux parasympathique. Cependant, mon cerveau, profondément traumatisé par le passé, a interprété la violente douleur à mon bras gauche comme une crise cardiaque imminente. La réponse de lutte ou de fuite s'est déclenchée, provoquant une attaque de panique foudroyante qui m'a fait m'effondrer au-dessus des toilettes.

Depuis ce jour, mon cerveau associe le moment du repas à un danger mortel. L'anxiété d'anticipation réveille les douleurs somatiques : mon bras lance, mon cœur s'emballe, la panique s'installe. Ce lien entre la phobie de la mort, les réminiscences de mon traumatisme et ces douleurs psychosomatiques bien réelles crée une obscurité contre laquelle je me bats chaque jour.

Mais c’est fort. Et endurant.

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