DES VIES DE RECHANGES
Comment les RPG et les jeux de simulation sont devenus l'antidote à mes échecs. TW : Mentions de petite délinquance infantile (vol), d'évasion virtuelle extrême et d'adaptation au TDAH.
Il faut dire que j’ai trouvé, et que je trouve encore aujourd'hui, d'immenses échappatoires dans l'industrie du jeu vidéo. J’ai goûté à ce monde extrêmement dense dès mon plus jeune âge.
Mes premières expériences se résumaient aux jeux flash. Le site Friv me revient à l’esprit avec une clarté absolue ; c’était une mine d’or pour le petit garçon que j'étais, qui ne connaissait rien de cet univers. Les consoles ? Le multijoueur ? Je n'en avais aucune idée. À cet âge-là, je pensais déjà avoir touché du doigt l'apothéose du divertissement ludique en alternant entre une dizaine de petits jeux quotidiens.
Et puis, il y a eu ce fameux jour. Lors d'un mariage, j'ai emprunté par mégarde — pour ne pas dire volé — une Nintendo DS à un enfant avec qui j'avais pourtant sympathisé toute la journée. À l'intérieur, il y avait Pokémon Noir. Sur le moment, j'avais pleinement conscience de commettre un acte grave. Mais au fond de moi, je savais aussi que je venais d'ouvrir une porte ; je venais de voler ce qui allait devenir l'un des piliers de ma survie pour toutes les fois où mon monde se mettrait à se fissurer.
J’ai grandi à travers des dizaines de licences. Je pourrais parler de mon amour fou pour CS:GO ou Team Fortress, de mes nuits blanches sous la couette, le son coupé, pour chasser du Shiny sur Pokémon, ou encore du fracas de mes manettes explosées contre les murs de mon appartement à cause des Dark Souls.
Mais le cœur de mon refuge, ce sont les jeux de rôle (RPG) et les jeux de simulation. Pourquoi cet attrait viscéral ?. Parce qu'à travers l'écran, je contemple toutes les vies alternatives que j'aurais pu avoir, et qui se sont envolées avec mes espoirs.
Prenons l'exemple de NBA 2K, une licence que je ponce depuis l'opus 2017. Pour le basketteur que je suis dans la vraie vie, c'est une sensation incroyable que de pouvoir vivre un parcours rêvé : le passage en High School, la ferveur de la Draft NBA, et ces bagues de champion qui viennent alourdir nos mains saison après saison. Le jeu m'offre la possibilité de me créer un palmarès de rêve, amputé de la peur et du doute d’échouer.
J’ai aussi une faiblesse toute particulière pour Crusader Kings et Football Manager. Ces jeux de gestion offrent une infinité de choix. Pour moi qui vis avec un trouble du déficit de l'attention, c'est une thérapie. Je bave littéralement devant ces écrans remplis de cases, de statistiques et d'onglets. Cette densité étouffante d'informations me plaît. Elle me canalise, m'évade, et me permet de m'incarner à la place de ces dirigeants. Pendant quelques heures, j'ai l'illusion d'accomplir des choses immenses.
Aujourd'hui, ces simulations sont au centre de ma consommation. Dès que l'angoisse monte ou que l'occasion se présente, le mécanisme est toujours le même : je coupe le câble qui relie mon esprit à la réalité, et j'en branche un autre pour m'en modeler une nouvelle.