LE CHAOS C'EST BEAU
Quand Radiohead devient la bande-son de mes naufrages. (TW : Polytoxicomanie, surdose médicamenteuse et crise d'épilepsie) Ce texte explore la façon dont la musique s'est ancrée dans mes traumatismes, avec des mentions directes à la consommation de drogues, à une overdose et à une urgence médicale (épilepsie).
Il y a mille façons de chercher la transe. Certains se brûlent à l'adrénaline du sport, d'autres libèrent leur dopamine à travers des arts manuels ou visuels. Chez moi, c'est la musique qui me transcende.
Ayant grandi au fil des rencontres et des cercles sociaux mouvants, je me suis forgé une culture musicale dense, absorbant toutes les époques et toutes les scènes. J'ai marché en rythme avec la mélancolie de Damso, les fulgurances de Kanye West ou les errances de Kid Cudi. Et je garde une pensée éternelle pour Luv Resval, ce grand monsieur dont j'ai suivi l'évolution en parallèle de la mienne, et dont la manière de poser les mots influence encore mes propres écrits aujourd'hui.
Mais au milieu de cette constellation, une entité écrase tout le reste. Radiohead. Poser des mots sur ce qu'ils représentent pour moi est presque impossible, car cela dépasse le simple cadre de la musique. Ils me suivent depuis cinq ou six ans, mais depuis deux ans, ils ont pris possession d'une place à part dans mon esprit, dans mon âme, et jusque dans ma chair.
Ils ont été la bande-son de ma polytoxicomanie, de mes amours, de mes chutes et de ma nostalgie la plus meurtrière. Durant la période de vide absolu qui a suivi ma surdose médicamenteuse de fin 2024, j'ai passé des journées entières enfermé avec eux. Sous l'emprise des drogues, leur musique devenait une machine à courber l'espace-temps. La chimie et les notes se tenaient par la main, me dévoilant des mesures et des fréquences qu'une oreille sobre ne capterait jamais.
C'est de là que naît ma plus grande tragédie intime : j'ai associé la beauté pure à mes moments les plus destructeurs. C'est fou d'écouter cette mélancolie divine, de flotter sur son canapé, et de s'imaginer que le monde entier nous tombe dessus. Le chaos, c'est beau.
Aujourd'hui, leurs morceaux tournent toujours dans mes playlists, mais il y a certaines pistes que je suis forcé de passer. Elles me rappellent des moments trop durs. Dès les premières notes, le tunnel de mes pensées m'aspire, et mon corps se souvient de la douleur physique avec une précision terrifiante.
Le titre High and Dry résonnait en fond lors de ma toute première crise d'épilepsie. Sur l'instant, focalisé sur la survie et le combat qui se jouait dans mon propre corps, je ne l'ai pas remarqué. Mais les jours suivants, la moindre note de cette chanson provoquait en moi une craquelure instantanée, m'effondrant en larmes pendant de longues heures, pris dans une boucle que je ne contrôlais plus.
Je trouve ça d'une tristesse infinie d'avoir scellé un si beau groupe à des instants d'une telle violence. Mais au fond, je crois que c'était prémédité. Seuls eux avaient la noirceur, ou la lumière nécessaires pour m'accompagner quand la destruction me frolait de si près.