LE DROIT D'ÊTRE BÊTE
TW (Note de l'auteur) : Mentions d'addiction (cannabis), de dépression, de bouffées délirantes et de traitements neuroleptiques lourds.
Il y a plein de mécanismes qui me font régresser, ou plutôt qui me brident.
La timidité en est un. C'est un véritable fil de fer barbelé qui s'enroule autour de ma gorge, m'interdisant le droit de parole et le partage d'idées. Je me demande sans cesse si mon avis et ma vision des choses valent le coup d'être entendus.
Face à des inconnus ou jeté au milieu d'un public, la paralysie frappe. Je préfère me fondre parmi les silhouettes, prouvant que je suis là uniquement par mon attitude et mon regard. Si je le pouvais, je gommerais ma bouche pour ne laisser s'exprimer que mes yeux.
Dernièrement, j'ai dû assister à une formation sur le "mieux vivre ensemble" et l'esprit critique face aux médias. D'un côté, des causes que je combats au quotidien ; de l'autre, internet et les dangers de l'information. Ce sont deux sujets qui me passionnent, sur lesquels j'aurais mille choses à débattre. Pourtant, j'ai passé la journée à acquiescer de la tête en silence, ne prenant la parole que sous la contrainte absolue.
Et puis, il y a l'autodestruction. Celle qui invite la dépression, les absences et les arrêts de travail à poser définitivement leurs bagages dans ma vie. Ma santé s'est dégradée à mesure que mon sang se gorgeait de toxines , et ma sociabilité est partie en fumée, me rendant incapable de me lier aux autres.
Mais dans tout ce chaos, ce qui m'a le plus ralenti scolairement, amoureusement et professionnellement, c'est le cannabis. Il a marqué l'arrêt net de mes espoirs. Il a été mon âme sœur tout au long de ma destruction, brûlant le peu d'essence qu'il restait en moi tout en me vidant de ma substance. J'ai tout traversé : les étoiles et les rires des débuts , la surconsommation, les tentatives d'arrêt, les échecs et la déteinte sur mes proches. La chute du corps.
Mais aujourd'hui, après huit ans de consommation et avec une lucidité nouvelle, j'ai compris. J'ai mis presque dix ans à savoir en quoi il m'aidait vraiment, mais je crois qu'au fond, il me sauve pour l’instant.
Un cerveau TDAH qui a connu la mort, les psychoses, les bouffées délirantes aiguës, les traumatismes sales et les trahisons, est une machine qui ne s'arrête jamais. Pour moi, la lucidité est une blessure continue.
Certains diront que fumer fait de moi un légume. Mais moi qui suis passé par les véritables camisoles chimiques — le Largactil et le Loxapac —, je sais que c'est très différent pour mon corps polyaddict. Le cannabis a cette faculté de me rendre bête. Et c'est exactement ce que je recherche. Il éteint ma sur-compréhension, repose la machine, et laisse enfin les biais cognitifs faire leurs raccourcis.
Mon esprit est beaucoup trop vivace, il produit en accéléré. Le cannabis, c'est le seul moyen que j'ai trouvé pour lui attraper le bras et lui dire qu'il va trop vite.
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