UN AÎNÉ FANTÔME
TW (Note de l'auteur) : Mentions de violences, de dépression sévère, d'addictions et de déscolarisation.
Je crois que j’aurais aimé avoir un grand frère. Cette simple idée m'a frappé avec une violence inouïe, ramenant les larmes au bord de mes yeux sans prévenir. C'est étrange de pleurer l'absence de quelqu'un qui n'a jamais existé. Pleurer pour un fantôme.
Si j'avais eu ce grand frère, j'aurais voulu qu'il soit mon bouclier. Qu'il se tienne entre le monde et moi. Qu'il me protège à l'école des regards et des coups. Qu'il encaisse, ou au moins qu'il m'apprenne à esquiver, les fois où la violence s'invitait chez moi. J'aurais aimé avoir quelqu'un qui prend la foudre en premier.
J'ai dû avancer dans le noir, seul. Sans personne pour me mettre en garde contre le gouffre de mes addictions. Sans personne pour m'expliquer comment survivre à mes premières peines de cœur ou comment ne pas me laisser dévorer par mes traumatismes lors de mes premières relations amoureuses. J'ai tout découvert en me fracassant contre les murs de mes propres frayeurs.
S'il avait été là, il m'aurait raisonné quand je faisais n'importe quoi. Il m'aurait encouragé pour les petites victoires, pour l'obtention de mes diplômes, ou simplement pour avoir su rebondir face à cette dépression chronique et sévère qui ne me lâche jamais vraiment la grappe. Il aurait été là le matin, pour me tirer du lit, ou pour s'asseoir à côté de moi lors de ces trimestres où je cumulais des centaines d’heures d'absence, cloué par le vide.
Au fond, je sais que sa présence n'aurait pas tout effacé. J'aurais sûrement gardé le même ancrages pour m'évader. Le chaos aurait pris d'autres chemins, mais le noyau dur de mes failles serait resté le même. La différence, c'est que la chute aurait peut-être fait moins de bruit.
Mais à force de chercher ce guide dans le vide, j'ai fini par comprendre une chose essentielle. J'ai dû devenir mon propre grand frère.
Construire seul cette armure cabossée pour survivre. Et la plus belle victoire dans tout ce désastre, ce n'est pas seulement d'être en vie. C'est d'avoir brisé le cycle. Je n'ai pas eu de bouclier, mais aujourd'hui, je suis un grand frère très doux pour mon litle bro. J'absorbe le chaos, pour qu'il n'ait jamais à pleurer un aîné fantôme.
Commentaires
Pas encore de commentaires. Soyez le premier à commenter !