Quentin Buisson
Cette page n'est pas un journal intime, mais un dossier de transfert clinique, le registre à ciel ouvert d'un système qui a dû apprendre à s'auto-gérer pour ne pas voler en éclats. Vingt etun ans, un mètre quatre-vingt onze de carrosserie forgée par dix ans de tatamis et la discipline balistique du golf. Cinq années passées dans le feu et l'urgence des hautes cuisines ont soudé ma résilience. Aujourd'hui je suis Accompagnant Éducatif. Ici, je documente la mécanique du verre qui refuse de casser
Publications récentes
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LE SANG DU PASS
On dit souvent que la cuisine est un métier de passion. C’est le mensonge romantique qu’on vend aux clients pour qu’ils digèrent mieux leurs assiettes. La réalité, c’est que la cuisine est une machine à broyer qui utilise l’amour du produit comme monnaie d’échange pour acheter ton silence et ta soumission. J’ai habité ce monde. J’y ai touché les étoiles, j’y ai croisé des génies, et j’y ai laissé …
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TOXICOPHOBIE : LE PROCÈS DES LIGNES COUSUES
Il existe une forme d’égoïsme invisible chez les personnes saines de corps et d’esprit. Une condescendance tranquille de la part de ceux qui n’ont jamais eu à poser le bout du doigt sur une molécule pour faire taire leur cerveau. Ils regardent la dépendance avec une sainte terreur, mais de quoi ont-ils peur au juste ? De la violence ? De la saleté ? De la déchéance ? Au fond, leur phobie n’est que…
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ÊTRE FRAGILE
L'être humain naît avec une présomption d'invincibilité qui n'est qu'une erreur d'ingénierie. On nous apprend à faire confiance à notre carrosserie. On regarde nos mains, on sent le poids de nos os, l'élasticité de notre peau, et on se persuade que nous sommes bâtis pour durer, pour encaisser. Mais la peau n'est pas une armure, c'est une simple paroi de confinement. Les os ne sont pas des piliers …
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L'ART DE REFUSER DE MOURIR
Sur le papier, j’ai passé vingt ans. Dans la réalité de mes os et de mes synapses, je suis un vieillard épuisé qui a déjà vécu cent vies de douleur. La dépression n'est pas une passade chez moi ; elle a été diagnostiquée alors que je n'avais que douze ans, s'installant pour devenir une pathologie chronique sévère à mes dix-huit. Cela fait presque dix ans que je cohabite avec la mort à l'intérieur …
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LE BRAQUAGE CHIMIQUE
On entend souvent dire que le bonheur est un choix, une question de perspective ou d'effort. Mais quand on a le cerveau câblé à l'envers, on comprend très vite que le bonheur, ou ne serait-ce que la simple neutralité, n'est qu'une vulgaire transaction chimique. Et sur mon compte en banque neurologique, je suis à découvert depuis l'enfance. Vivre avec un Trouble du Déficit de l'Attention, ce n'est …
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LE DROIT D'ÊTRE BÊTE
Il y a plein de mécanismes qui me font régresser, ou plutôt qui me brident. La timidité en est un. C'est un véritable fil de fer barbelé qui s'enroule autour de ma gorge, m'interdisant le droit de parole et le partage d'idées. Je me demande sans cesse si mon avis et ma vision des choses valent le coup d'être entendus. Face à des inconnus ou jeté au milieu d'un public, la paralysie frappe. Je préf…
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UN AÎNÉ FANTÔME
Je crois que j’aurais aimé avoir un grand frère. Cette simple idée m'a frappé avec une violence inouïe, ramenant les larmes au bord de mes yeux sans prévenir. C'est étrange de pleurer l'absence de quelqu'un qui n'a jamais existé. Pleurer pour un fantôme. Si j'avais eu ce grand frère, j'aurais voulu qu'il soit mon bouclier. Qu'il se tienne entre le monde et moi. Qu'il me protège à l'école des regar…
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DES VIES DE RECHANGES
Il faut dire que j’ai trouvé, et que je trouve encore aujourd'hui, d'immenses échappatoires dans l'industrie du jeu vidéo. J’ai goûté à ce monde extrêmement dense dès mon plus jeune âge. Mes premières expériences se résumaient aux jeux flash. Le site Friv me revient à l’esprit avec une clarté absolue ; c’était une mine d’or pour le petit garçon que j'étais, qui ne connaissait rien de cet univers. …
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LE CHAOS C'EST BEAU
Il y a mille façons de chercher la transe. Certains se brûlent à l'adrénaline du sport, d'autres libèrent leur dopamine à travers des arts manuels ou visuels. Chez moi, c'est la musique qui me transcende. Ayant grandi au fil des rencontres et des cercles sociaux mouvants, je me suis forgé une culture musicale dense, absorbant toutes les époques et toutes les scènes. J'ai marché en rythme avec la m…
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DES BOUGIES FANTÔMES
Il y a un mot fort qui définit mes jeunes années, mais entendons-nous bien : quand je parle d'adolescence, je ne parle pas de cette période de pureté que l'on nous vend. Je parle de la vraie adolescence. Celle où l'on te lâche au milieu du monde, avec pour seules armes les mécanismes de survie que tu t'es forgés enfant, dans la solitude et les combats. Très vite, au fil de mes choix et de mes rela…
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UN EMPIRE DE PIXELS
Chacun traverse dans sa vie des périodes plus folles les unes que les autres. Qu'elles soient brèves ou étirées dans le temps, il existe des moyens de se forger des vies alternatives. Des univers parallèles qui, à travers notre propre vision du monde, deviennent plus que réels, n'attendant qu'à être modelés sans aucune limite. Au cours de ma jeune existence, j'ai zigzagé entre plusieurs visages, …
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L'ILLÉGITIMITÉ D'AIMER
Il y a un gouffre. Un abîme silencieux et invisible qui s'étire entre la vision que je porte sur la personne que j'aime, et celle que j'ai de moi-même. Dans mon dernier texte, j'évoquais cette timidité qui me paralyse, ce refus viscéral d'associer le corps de l'être aimé à des actes que mon esprit juge dégradants. Je pensais avoir fait le tour de la question en posant le point final. Mais l'écritu…
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UNE TIMIDITÉ PRESQUE RELIGIEUSE
Il existe en ma personne une timidité qui ne ressemble à aucune autre. Elle a voyagé avec moi dans le temps et dans l'espace, redessinant les contours de mes relations amoureuses et la vision même que je porte sur ma propre personne. La timidité a plusieurs visages. Il y a celle qui me saisit face à un esprit plus grand que le mien, quand l'intellect ou l'aura de l'autre m'impressionne et me rédui…
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UN MEMOIRE SOMATIQUE
Il y a en moi des mécanismes de survie, des disjonctions psychiques que le corps humain invente pour ne pas sombrer face à l'insoutenable. Pendant longtemps, l'idée de mourir m'était familière, presque rassurante. Dénué de l'estime de soi nécessaire pour me dire simplement « je mérite de respirer sur cette planète », j'ai très tôt développé un mécanisme de détachement. Par la vision …